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Qu’est-ce que Vipassana ? 7 décembre 2011

Filed under: bouddhisme — yogasophie @ 8:33

Que veut dire vipassana ?

Extrait d’un enseignement donné par Stephen Batchelor le 20 mars à la Maison de l’Inde, Paris, en introduction à la pratique de vipassana.

Lu sur le site de l’Association Terre d’Eveil : http://www.vipassana.fr

« Je voudrais expliquer ce qu’on entend par ce mot qui est de plus en plus répandu : vipassana. Ce mot pali se rencontre rarement dans les discours de Bouddha du canon Pali. C’est un terme qui a été beaucoup utilisé dans toutes les traditions bouddhistes mais il semblerait que le Bouddha ne l’ait pas utilisé lui-même.

Aujourd’hui quand on parle de vipassana, on se réfère souvent à une tradition qui s’appelle vipassana, qui a sa source dans le bouddhisme Theravada, la tradition la plus ancienne, qu’on trouve actuellement principalement en Thaïlande, en Birmanie, au Sri Lanka et au Cambodge.

En fait, il n’y a pas vraiment de tradition vipassana. On devrait plutôt parler d’un mouvement moderne réformateur qui prit son essor à la fin du XIXème siècle en Birmanie. Ce mouvement faisait partie d’un mouvement politique qui luttait pour obtenir son indépendance de la puissance britannique.
Une partie de ce mouvement de résistance et d’indépendance a cherché à trouver des bases birmanes, bouddhiques, sur lesquelles construire une société plus moderne. Des penseurs, des moines, ont essayé de trouver ce qu’était (pour eux) la base, l’essence même du bouddhisme. Ils subissaient probablement l’influence du protestantisme missionnaire occidental. Ils ont cherché à se désengager des aspects religieux et cultuels du bouddhisme, et ils ont trouvé cette façon de méditer qui met l’accent sur ce qu’on devrait plutôt appeler le « satipatthana« , les fondements de l’attention, ou de l’attention proche, mindfullness, en anglais. Ce mouvement eut beaucoup de succès, pas seulement parmi les moines birmans, mais aussi parmi les laïques.

Beaucoup de gens de ce mouvement d’indépendance ont accepté et pratiqué cette nouvelle interprétation de la pratique du bouddhisme. Le plus connu était l’enseignant qui était le maître de S.N. Goenka, Sayagyi U Ba Khin. U Ba Khin était un politicien, ce n’était pas un moine, mais il était devenu le premier ministre des finances de la Birmanie indépendante. Il a demandé à ses employés de pratiquer vipassana, la méditation assise, une demi-heure avant de commencer le travail.
C’était vraiment une tradition, une façon de pratiquer qui, dès le début, était très intégrée dans la vie quotidienne moderne d’un état qui essayait de devenir un état séculier, mais basé sur ses fondations de la pratique du bouddhisme. A partir de ce moment là, on peut parler d’une tradition Vipassana.Le problème est que le mot vipassana se trouve aussi dans la tradition tibétaine. Toutes les traditions tibétaines parlent de lhaktong traduction du terme vipassana. De la même façon, en Chine, en Corée, au Japon, on retrouve le mot « vipassana« .
Cela veut simplement dire que « vipassana » appartient à toutes les traditions bouddhistes et pas seulement à ce mouvement réformateur qui a ses origines en Birmanie. « Vipassana« , littéralement, dans toutes les langues, veut dire la même chose : « passana » est le mot pali pour voir, regarder ; « vi » est un préfixe qui donne une certaine intensité à ce regard, cette vision. En anglais on dirait penetrative vision ou vision pénétrante, une attention, une façon plus vive, plus exacte, plus pénétrante de regarder les choses, avec beaucoup plus de curiosité que d’habitude. Vipassana est toujours, et dans toutes les traditions bouddhistes lié à « samatha« , c’est-à-dire le calme de l’esprit. Il s’agit de trouver un équilibre dans cette pratique de méditation.
D’abord le calme de l’esprit, qu’on peut atteindre avec la concentration, soit sur la respiration, soit sur n’importe quel objet (dans toutes les traditions bouddhistes, c’est la même chose). Dès que l’esprit devient un peu plus calme, on a l’occasion de regarder, de voir, d’être conscient de soi-même et des choses autour de soi-même d’une façon plus claire, vive et pénétrante. La méditation, c’est essayer de trouver cet équilibre entre le calme de l’esprit et la vision pénétrante. C’est finalement assez simple.

Actuellement, aux Etats-Unis, mais aussi en Angleterre et dans d’autres pays occidentaux, on parle de vipassana comme d’une sorte de mouvement plutôt laïque, dont les enseignants sont souvent des moines (ou d’anciens moines) ; mais le terme a quelque chose d’imprécis. Il est très difficile de définir exactement quel est le but, le sens, la signification de ce mouvement qui commence à grandir dans le monde moderne et qui s’appelle vaguement vipassana.
On pourrait peut-être dire que c’est un mouvement qui met particulièrement l’accent sur la capacité de chacun à vivre plus intensément dans le moment présent, à être beaucoup plus attentif, pas seulement à ce qui arrive dans notre esprit, les pulsions, les pensées, les émotions, les sentiments, les sensations qu’on a dans le corps tout le temps (ça, c’est une partie de cette pratique), mais aussi à être beaucoup plus attentif dans les relations, dans les liens qu’on a avec les proches, les gens avec lesquels on travaille, tout le monde.

Cette attention, cette vigilance, c’est quelque chose qui n’est pas exclusivement une qualité intérieure spirituelle, (spirituelle… c’est un mot que je n’aime vraiment pas), mais c’est une façon d’être beaucoup plus attentif, présent et calme, et je dirais aussi, ouvert et compatissant vis à vis des autres, du monde, de la société. Et dans ce sens là, on pourrait dire que vipassana devient une partie assez fondamentale d’un autre mouvement qui s’appelle le bouddhisme engagé. Le maître vietnamien Thich Nhat Hanh est très connu pour être un des fondateurs de cette façon de pratiquer le bouddhisme, et c’est intéressant de voir comment il utilise ces enseignements sur la respiration (qui ne viennent pas de sa propre tradition, le zen vietnamien), qu’il emprunte à la tradition Theravada également présente au Vietnam.

Vipassana est un terme qu’on utilise aujourd’hui de façon beaucoup plus large que dans sa définition originelle.
Nous ne sommes pas, Martine et moi-même, des enseignants de vipassana dans le sens strict du terme. Notre formation est plutôt zen, surtout pour Martine. Moi j’ai d’abord été un moine gelugpa dans la tradition tibétaine du Dalaï Lama, avant de me tourner vers le zen. J’ai beaucoup pratiqué dans cette tradition et je me trouve toujours très proche de beaucoup de ses idées, mais je trouve personnellement que ce mouvement assez vague qu’est vipassana me convient bien, car il donne une certaine liberté. Son manque d’orthodoxie, son absence de dogmatisme sont pour moi très rafraîchissants. Cela donne une certaine ouverture aux possibilités d’ancrer la pratique personnelle dans une façon de penser libérale, ouverte à toutes les traditions religieuses et culturelles du monde, et pas seulement au bouddhisme. Mais c’est très difficile de savoir où ce mouvement nous mènera. Personne ne le sait. C’est une pratique qui se trouve dans une ambiance assez expérimentale, et ça aussi est assez engageant, stimulant, excitant, mais en même temps tout cela n’est pas très précis, pas très exact sur ce que sont les buts de cette façon de pratiquer. Bien sûr, il y a l’éveil et ces choses bouddhistes dont on parle tout le temps, mais l’accent est toujours mis sur la qualité de chaque moment de l’expérience, ça revient toujours à ça, à ce qu’on expérimente dans l’ici et maintenant. »

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