Yoga au présent avec Sophie

Le yoga est un chemin, il est ici et maintenant. Venez marcher et progresser avec moi !

Samadhi ou l’extase yogique 25 novembre 2012

Filed under: philosophie du yoga — yogasophie @ 1:29

Samadhi est le 8e des piliers du yoga décrits dans les Yoga Sutra de Patanjali. Le terme se traduit par extase, ou parfois par enstase… car, selon les textes, il s’agit bien d’un état extatique, mais fondé sur l’expérience de notre être interne, non de nos sens : une extase qui nous permet d’accéder au plus profond de nous-mêmes, à ce que nous sommes réellement…. Non une extase qui nous fait sortir de nous-mêmes…

Je vous propose ici quelques citations glanées au fil de la traduction française d’un article écrit par Linda Munro, du centre Ashtantga Yoga Paris :

(Ou cliquez sur ce  lien pour l’article complet)

Cet article se fonde sur l’idée que « même la connaissance théorique peut nous faire progresser sur le chemin d’une transformation positive. » Il n’est pas donné à tout le monde d’entrer en samadhi… mais en se fondant sur les textes anciens, eux-mêmes fondés sur les expériences de yogis de l’époque, nous pouvons mieux comprendre ce en quoi consiste le chemin de yoga, ce vers quoi nous tendons, ou pourrions tendre.

Samādhi est le résultat d’une méditation profonde. On n’essaie pas d’entrer en samādhi ; il faut abandonner cet effort à travers les processus de dhāranā (concentration) et dhyāna (méditation).

[…]

En dhāranā l’on choisit un objet sur lequel se concentrer et l’on essaie de fixer le mental sur cet objet. Il faut faire l’effort de constamment ramener le mental sur son objet de contemplation. Patanjali décrit le processus de dhāranā à l’aide du mot ekāgratā, qui signifie le fait de se diriger dans un sens unique.

Il arrive un moment où il n’est plus nécessaire de faire l’effort de constamment ramener le mental sur l’objet; le mental reste centré sur l’objet, sans se laisser distraire. Cela s’appelle dhyāna (méditation). Patanjali décrit ce processus par le terme ekatānāta, le fait de converger en un point.

[…] Puis si cet état de convergence en un point peut être maintenu, le mental perd tout à coup son identité et l’objet de méditation est complètement absorbé et clair. Patanjali décrit le processus par le terme samāpatti, qui veut dire coïncider et qui est un synonyme de samādhi. Les éléments qui coïncident sont le mental (qui n’est en réalité que le témoin transcendant, qui regarde le monde à travers le mental), l’objet et le processus de méditation. Le sujet et l’objet existent ensemble, formant un tout, il n’y a plus cette distinction de « moi qui médite sur… »

Selon Patanjali, dans l’extase, le mental « apparait comme étant l’objet même, comme s’il était privé de son essence propre ». Qu’entend-t-il par l’essence du mental ? En yoga, le mental est considéré comme étant proche des sens. Il est tiré vers l’extérieur et fait en réalité partie du monde matériel. Il croit être celui qui voit, alors qu’il est éclairé par l’Absolu. En raison de son attirance vers l’extérieur, de nombreuses distractions se présentent à lui. Au début des Sutra, Patanjali dit que le Yoga est la cessation des fluctuations (vritti) du mental. Ces fluctuations doivent être calmées, diminuées, puis nous devons dépasser le mental pour acquérir une connaissance réelle – et non sur internet :). L’essence du mental est connectée au sentiment du « Je ». En entrant en samādhi, nous dépassons d’une manière ou d’une autre cette tendance du mental à être absorbé dans le « Je ».

Nous ne nous identifions plus à l’ego, comme si nous avions enjambé l’ego et étions entrés dans l’objet de méditation. Il utilise le mot ‘comme si’ parce que le mental existe encore; mais, de manière temporaire, il ne s’identifie pas avec lui-même.

L’état de samādhi peut sembler un état enviable, une sympathique prouesse à réaliser, mais il ne peut être atteint que par la persévérance et le dévouement à la pratique du yoga. J’aime ce qu’écrit Brenda Feuerstein dans son commentaire des Yoga Sutra, page 204 :

 » Le chemin de l’adepte du yoga vers la liberté intérieure est long et difficile. Le plus difficile réside dans le fait que le pèlerin doit se faire face à lui-même avec honnêteté. Il ne peut ni fuir ses responsabilités, ni se mentir sur la réalité. Notre personnalité doit nous devenir complètement transparente, ce qui est le but vers lequel tendent les psychothérapies modernes, mais qu’elles avouent manquer. Pour continuer sur la voie vers la libération, aucune duplicité n’est permise, aucun fantasme, ni faux-semblant, ni façade, ni hallucination ; tout cela s’opposerait au but, a la libération. Surtout, le faux centre de l’ego conscient, le sentiment du « Je » (ahamkāra) doit être éliminé. »

Ainsi, la tâche est ardue… mais comme le veut la sagesse populaire, rien ne vient sans peine !

[…]

[Les deux principaux types de samādhi :

–       samprajnāta samādhi : extase consciente

–       asamprajnāta samādhi : extase supra consciente. ]

[…]

Examinons samprajnāta samādhi. Voilà l’extase du type le moins élevé, qui est connectée à l’activité consciente. Cependant, cette activité mentale n’est pas du même genre que l’activité mentale dont nous faisons habituellement l’expérience et que Patanjali définit à travers les 5 Vritti (Pramāna/ savoir correct, viparyaya/ erreur, vikalpa/ conceptualisation, nidra/ sommeil, smriti/ mémoire). Il aura d’abord fallu contrôler ces vritti grâce à abhyasa (la pratique) et vairagya (le détachement).

Le type d’activités conscientes dont il s’agit en samprajnāta samādhi sont des intuitions métaphysiques appelées prajnā ; d’où le nom samprajnāta samādhi. Il s’agit de perceptions aigües et directes, de visions pénétrantes, acquises en samādhi et non de connaissances acquises par les biais habituels. Patanjali poursuit et distingue les niveaux de samprajnāta samādhi selon le type d’activité consciente et le type d’objet de méditation.

Les types de contenus mentaux qui apparaissent sont reliés à la vision (vitarka), la compréhension (vicara), la béatitude (ananda) et le sens du je (asmitā).

Le premier, savitarka […] : le mental se concentre sur un objet du monde matériel et […] des intuitions transcendantes de l’objet émergent, permettant de connaitre l’objet de l’intérieur. Le support de méditation provient du monde grossier (sthula). C’est une chose, n’importe laquelle, que nous pouvons voir ou toucher : par exemple une fleur, une divinité, une personne ou un symbole. Quand ces intuitions, ces visions pénétrantes de l’objet s’évaporent et que le samādhi demeure sur le même objet, cela devient nirvitarka, ou l’extase au-delà de la vision.

Le deuxième, savicāra, est semblable au premier mais le support de méditation provient maintenant du monde subtil (sukshma).

Emergent alors des visions transcendantes de l’objet qui peut être un chakra, le prana, une idée des nadis, par exemple. Puis, quand les visions disparaissent et que le samādhi demeure sur le même objet, cela s’appelle nirvicāra : un samādhi sans l’émergence de vision, sur un support de méditation subtil.

Le troisième niveau s’appelle ananda et il est associé à l’expérience de la béatitude pure. Il ne s’agit pas de l’état ordinaire de béatitude dont on peut faire l’expérience avec les sens, ni même de ce dont on peut faire l’expérience lors d’un orgasme sexuel. […]

Vient enfin le quatrième et dernier niveau de samprajnāta samādhi : asmitā. Asmitā est le […]  « le sens du je » et Patanjali le cite même parmi les obstacles (klesha), lorsque ce Je se méprend pour le Soi réel. En asmitā-samādhi, on est pleinement présent, sans que le mental n’interrompe l’expérience. C’est le fait d’être entièrement présent, de connaître ce sens du Je, mais sans confondre le Je et le vrai Soi.

Le point commun entre ces différents niveaux de samprajnāta samādhi est que le mental prend un objet de concentration pendant la méditation. Ces supports de méditation sont appelés des « graines ». Ainsi, ces types d’extases peuvent aussi être appelés sabīja-samādhi, ou samādhi avec graine (activité consciente).

Apres avoir expliqué les différents niveaux, Patanjali continue de montrer que cette activité consciente est différente de toute connaissance qui aurait pu être acquise dans un état mental normal. Normalement, notre connaissance vient de la déduction et de la tradition. Il emploie les mots de ‘clarté’ et ‘lucidité’ pour dépeindre l’état de notre être intérieur au cours de ces états extatiques. La connaissance qui émerge est porteuse de vérité : elle révèle la nature réelle de l’objet de méditation, sans aucune distorsion mentale. En d’autres termes, c’est la vision des choses telles qu’elles sont et non telles qu’elles le paraissent lorsque notre histoire personnelle y est attachée.

Continuons de gravir l’échelle du samādhi ; le prochain type de samādhi est asamprajnāta-samādhi, ou l’extase supra consciente. C’est l’état qui mène à la liberté. Dans les niveaux de samprajnāta, nous pouvons acquérir des pouvoirs, mais finalement, nous n’atteignons pas la libération. Nous pouvons acquérir les superpouvoirs nécessaires pour influer sur, ou connaitre tout le cosmos (prakriti) mais ce n’est que par asamprajnāta que nous pouvons commencer à apercevoir l’Ame. Comme le mental fait partie du cosmos, il ne peut pas vraiment voir l’Ame; c’est la purusha qui voit. Mais je pense qu’il est possible de faire l’expérience de cet état qui relève d’un au-delà du prakriti.

En asamprajnāta-samādhi, il n’y a aucun contenu mental, mis à part les samskāra, les activateurs inconscients qui se transforment en motifs habituels. En atteignant cet état élevé de samādhi il y a de nouveaux samskāra très puissants qui prennent la place des anciens. Méditer, c’est aller au-delà du mental vers la purusha, l’Ame, le Soi, Dieu, l’Absolu, le Vide… Quel que soit le nom que l’on donne à Cela, il est certain que Cela se situe au-delà de prakriti. Ainsi, l’habitude d’aller au-delà du mental et d’entrer en asamprajnāta remplace les habitudes précédentes.

Swami Satchitananda rapproche cet état de celui de Jīvan-Mukti- la libération vivante, parce que les prajnā (vision pénétrante, connaissance) qui sont porteurs de vérité font obstacle à tous les autres samskāra. Pour cette raison, ceux qui ressortent d’un état d’asamprajnāta ne sont plus des personnes ordinaires. Ce sont des saints réalisés. « Un Jīvan-mukti est impliqué dans le monde pour le bien de l’humanité, sans aucun attachement personnel. » Citation de la page 75 des Yoga Sutra de Patanjali par Swami Satchitananda.

Il y a des samādhi encore plus élevés mentionnés par Patanjali. Il s’agit du stade où même le sentiment « J’ai réalisé Dieu » a disparu. Aucun samskāra ne demeure, pas même le plus subtil des prajnā. C’est le nirbīja-samādhi, ou samādhi sans graine. Il n’y a plus aucune graine qui demeure, qui puisse germer et se multiplier. Je ne peux que citer la description par Swami Vivekananda de cet état hautement évolué, tirée de la page 146 de Raja Yoga :

«  Ce samādhi de concentration se nomme sans graine ; il ne laisse rien, l’Ame se manifeste telle qu’elle est, dans sa gloire propre. Alors seulement, nous pouvons savoir que l’âme n’est pas un composé, c’est l’unique éternel et simple dans l’univers, et en tant que telle elle ne peut pas naître, elle ne peut pas mourir, elle est immortelle, indestructible, l’essence toujours vivante de l’intelligence. »

Voilà qui semble déjà un très bel état ; or Patanjali va même jusqu’à un niveau plus subtil encore. Les désirs extrêmement subtils de retourner vers prakriti qui subsistaient jusqu’alors se mettent à diminuer. Apparemment, lorsqu’un adepte du yoga a abandonné jusqu’à son intérêt pour l’état d’extase, il entre en dharma megha samādhi – le samādhi du nuage de vertu. Le mental est devenu très pur, ou, en termes yogiques, très sattvique. Le yogin n’a à ce moment-là plus aucun désir de connaissance, les modalités fondamentales de la matière (guna) – tamas, rajas et sattva – sont réabsorbées dans la matrice cosmique (prakriti pradhāna), puisque leur but est accompli. Ainsi, le yogin ou la yogini est prêt(e) pour la dernière phase de sa transformation : kaivalya – le fait d’être seul. L’être parfaitement libéré est pur Esprit ; il n’y a ni corps, ni mental. C’est videha mukti – la libération désincarnée. Cet esprit ne fera plus jamais l’expérience d’une renaissance. Fin de l’histoire.

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